Publié le mardi 29 avril 2008

Ne touchez pas à la loi 101

29 04 2008

« Ne touchez pas à la loi 101 », c’est ce qu’ont répété les péquistes à chaque fois que les libéraux ont été au pouvoir et qu’il y a eu des pressions pour modifier la loi. Cette fois la pression est appliquée par Pauline Marois elle-même.  Elle veut  stopper l’érosion du français au Québec.  Je pense qu’il s’agit plutôt d’une stratégie pour évincer l’ADQ du territoire identitaire. C'est à voir. Mais discutons d'abord de la loi 101.

Le problème de l’usage du français se pose à sutout Montréal. Ceux qui ont plus de 50 ans et qui ont grandi à Montréal savent que jusqu’aux années 60 Montréal était une ville anglophone habitée par une majoritéde francophones.  Depuis, Montréal est devenue une ville francophone habitée à 40% par des non-francophones dont une majorité d’immigrants.  Il faut absolument se donner les moyens pour qu’ils apprennent le français dès leur arrivée.  Pas besoin de changer la loi 101 pour faire ça.  Lorsque j’entends aux nouvelles que les immigrants ne peuvent pas apprendre le français parce qu’il n’y a pas assez de place dans les classe de francisation j’ai envie de piquer une crise.  C’est quoi ça?  Lorsque le parti québécois a coupé les budgets de francisation pour atteindre de déficit zéro j’ai eu la même réaction.  En investissant pas assez dans l’intégration des immigrants, nous nous tirons dans le pied.

Je n’ai, en général, jamais eu de problème à me faire servir en français à Montréal .  Partout dans le monde je suis bilingue, mais à Montréal je suis un unilingue francophone.  Je n’ai jamais prononcé un mot d’anglais dans un commerce ou un restaurant.  Sauf les quelques rares fois où on n’a pas pu me servir dans ma langue. J’ai alors sorti mon plus bel anglais pour leur dire que je ne remettrais plus jamais les pieds chez-eux.  Malheureusement, je dois déplorer que la majorité de mes compatriotes « switchent » à l’anglais dès qu’un commis ou un serveur s’adressent à eux dans cette langue ou avec un accent.  Il y a deux ans, une famille immigrante du Bangladesh a acheté un dépanneur  près de chez-moi. À ma première visite alors que la patronne s’adressait à moi en anglais je lui ai fait savoir avec gentillesse qu’il faillait qu’elle me parle en français et que c’était la meilleure façon de l’apprendre. Depuis ils font tous les efforts pour me satisfaire.  Mais quand j’attends en ligne pour me faire servir, tous les autres clients, je dis bien tous, s’adressent à eux en anglais, dans un anglais qui est souvent aussi mauvais que leur français. Ça me scandalise à chaque fois.  Ce n’est pas une nouvelle loi 101 qui va changer les québécois pas assez fier de leur langue pour l’imposer à nos concitoyens non-francophones.  Je travaille la fin de semaine avec de jeunes étudiants francophones.  Parmi eux il y a une enfant d’immigrant non-francophones qui parle parfaitement français, mais avec un léger accent anglais.  Très souvent, ils se mettent tous à parler en anglais comme si c’était cool. 

Pauline Marois veut aussi étendre la loi aux entreprises de 50 employés et moins.  Le Québec est le royaume de la PME.  Il y en a des centaines de milliers, du dépanneur à la binerie de coin, du petit bureau de comptable au fabricant de portes et fenêtres de votre quartier industriel.  Les inspecteurs de l’OLF sont déjà débordés.  Il en faudrait des milliers pour jouer à la police dans tous les bouibouis de la province.  Contrairement aux patrons des grandes entreprises qui ont des obligations en termes de réputation et de responsabilité sociale, le petit patron n’en a rien à foutre. Ce n’est pas une loi ni des coups de règle sur les doigts qui vont le forcer à parler français à ses 15 employés si il ne le veut pas.  Au lieu de mettre de l'argent dans le fonctionnariat, mettons-le dans la francisation et la promotion de la langue.

L’important, c’est que le français soit la langue d’usage commune de l’ensemble des québécois dans l’espace public.  Pour ça il faut que tous les immigrants apprennent le français et que les francophones parlent leur langue partout, tout le temps.  Pas besoin d’une loi 101bis, 154 ou le numéro gagnant de la 6/49 pour faire ça.